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L’Urbanisme de l’Initiative : Quand la Ville Devient une Carte Mère de Possibles

Mehdi était stagiaire dans l’une de mes premières entreprises en développement informatique. Moi, j’étais une éponge, avide de chaque connaissance, quelle que soit sa source. Mehdi, lui, était l’un des plus brillants. C’est lui qui, depuis son poste de stagiaire, m’a introduit à une idée fascinante : l’urbanisme informatique. Une notion qui, bien qu’intangible, m’a accompagné longtemps, au point de me faire préférer le terme d’ »informatiste » à celui d’informaticien. À cette époque, je vendais des sites web, des applications, et, accessoirement, un peu de matériel informatique. Mais ce que Mehdi m’a révélé, c’était autre chose : la capacité d’organiser l’information comme une ville, avec ses flux, ses carrefours, ses embouteillages, ses ruelles oubliées.

L’urbanisme informatique n’est pas qu’une technique, c’est une philosophie. Il façonne les interactions, rationalise les échanges, permet à chaque donnée d’avoir son espace, sa destination. À l’image des villes, un bon système informatique est structuré et adaptable, fluide et résilient. Comme les avenues et les places publiques, les bases de données et les protocoles ne sont que les squelettes d’une dynamique plus vaste : celle de la circulation et de l’accessibilité de l’information.

Mais l’urbanisme des villes, lui, ne se limite pas aux routes et aux bâtiments. Il ne se résume pas à des plans d’aménagement ou à des réglementations. C’est une mise en scène du mouvement, une écriture spatiale des échanges, une chorégraphie où se croisent les flux humains, économiques et culturels. Une ville bien pensée, comme un bon réseau, est une ville qui permet, qui relie, qui stimule. Une ville figée est une ville morte, tout comme un réseau fermé est un réseau obsolète.

Nous sommes arrivés hier à UrbanShift avec une délégation marocaine, principalement de Marrakech. Demain après-midi marquera le début des activités du congrès, et mercredi, je prendrai la parole. D’ici là, je songe à ce que je vais dire, à la meilleure façon d’exprimer ce que j’ai perçu en posant le pied ici : une autre manière d’aborder l’urbanisme. Une vision qui dépasse les infrastructures pour toucher à ce qui les anime réellement : l’Initiative. L’urbanisme de l’Initiative naît là où la ville ne se contente pas d’être habitée, mais se laisse habiter par l’énergie du possible. Ce n’est plus seulement une question d’espace, mais de dynamique, de potentiel, de synergie. Une ville n’est pas une somme d’infrastructures, mais une respiration, une cadence d’opportunités qui se croisent et se métamorphosent. Elle ne devrait pas être un décor figé, mais un espace de possibles, une scène où chaque acteur trouve naturellement sa place. L’accès aux opportunités ne devrait pas être un privilège, mais un principe directeur. Comme une API ouverte, elle devrait permettre à chaque individu d’accéder aux ressources, aux collaborations, aux projets qui l’enrichissent.

“Une ville bien conçue est une ville qui rend l’imprévu possible.”Jane Jacobs

La ville se construit dans les interstices, dans les échanges spontanés, dans cette porosité qui permet à l’initiative individuelle d’irriguer le collectif. Elle ne doit pas imposer de trajectoire mais offrir des ponts entre idées et réalités, entre intentions et concrétisations. Un urbanisme sans rigidité, fluide, adaptatif, qui accueille les mouvements et non les entrave. Mais cette dynamique ne peut exister sans un leadership éclairé, capable d’orchestrer ces flux sans les contraindre, de structurer sans figer. Ce n’est pas une autorité descendante qui façonne cet écosystème, mais une intelligence collective, une capacité à favoriser les conditions d’une émergence spontanée. C’est cette question de gouvernance que j’avais déjà effleurée dans « Marrakech, le ballet des possibles », où la ville elle-même devenait une murmuration, un équilibre subtil entre ordre et improvisation, entre structure et liberté. La ville, dans cette vision, n’est pas un cadre rigide, mais un espace où les initiatives dialoguent, se croisent et, parfois, fusionnent.

Et si nous avons toujours pensé la ville à l’envers ? Comme une toile de fond sur laquelle viennent se greffer les activités humaines. Et si, au contraire, elle était avant tout un écosystème mouvant d’initiatives, une confluence d’intentions et de projets, un réseau d’énergies qui s’entrelacent et se redéfinissent en permanence ? Une ville qui n’impose rien, mais qui invite. Une ville qui ne se contente pas de se construire, mais qui se rêve, se questionne et se réalise, jour après jour.