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Demain se cuisine aujourd’hui : Quand la Data anticipe l’Art de Recevoir

Demain se cuisine aujourd’hui : Quand la Data anticipe l’Art de Recevoir

18h à Marrakech, à l’ombre d’une ruelle animée de Jemaa el-Fna, un chef ajuste subtilement les saveurs d’une pastilla. Au même instant, le vol AF1800, un Boeing 787 en provenance de Paris-CDG, amorce sa descente vers l’aéroport Menara. Deux images, une même histoire : celle du futur de l’hospitalité façonné par la puissance discrète des données.

La gastronomie est un art d’anticipation autant que de spontanéité. Pourtant, dans un contexte touristique où chaque visiteur devient un ensemble de préférences à satisfaire, la marge d’erreur coûte cher : gaspillage alimentaire, personnel insuffisant, expérience client mitigée. Lors d’une récente discussion avec Imane Rmili, présidente de la Fédération Nationale des Restaurants Touristiques (FNRT), une idée fondamentale émergeait clairement : l’incertitude n’est plus une fatalité, mais une opportunité à saisir grâce à la data.

Imaginez cette réalité déjà accessible : dès le décollage du vol AF1800 de Paris, une API telle que celle de Flightradar24 permet d’accéder en temps réel aux données essentielles du vol (nombre de passagers, heure estimée d’arrivée, origine du vol). En élargissant l’échelle à l’ensemble des arrivées prévues à Marrakech dans les prochaines 24 heures, ce ne sont plus seulement 176 voyageurs qui apparaissent, mais potentiellement plusieurs milliers, en provenance de multiples destinations comme Londres, Berlin, Madrid ou Dubaï. Si l’on considère qu’en moyenne 60% des touristes fréquentent les restaurants dès leur première soirée, mais également le lendemain, les restaurateurs peuvent ainsi prévoir jusqu’à plusieurs centaines de couverts supplémentaires par jour. Concrètement, un tableau de bord automatisé alerte les restaurateurs, leur permettant d’ajuster non seulement les quantités, mais aussi la composition des menus selon les nationalités et préférences gastronomiques dominantes. Cette utilisation stratégique de la donnée ouvre ainsi d’immenses opportunités de projets technologiques et opérationnels, facilitant une gestion prédictive fine et adaptée à l’échelle d’une ville touristique majeure comme Marrakech.

Cette approche n’appauvrit pas l’art culinaire, elle l’enrichit. La pastilla ne perd rien de son authenticité : elle gagne en pertinence. Le gaspillage alimentaire diminue drastiquement (jusqu’à 25% selon certaines expérimentations menées à Barcelone), les coûts opérationnels baissent, et l’expérience client s’affine. Un groupe scandinave appréciera une version végétarienne délicate, un couple milanais découvrira une touche d’amandes effilées spécialement pensée pour eux.

Mais la prédiction ne s’arrête pas au plat : elle redessine toute l’expérience. L’arrivée d’un vol en provenance de Tokyo annonce une soirée photogénique ; les restaurateurs mettent alors en scène leur pastilla dans des coffrets artisanaux, parfaitement adaptés à une clientèle qui documente ses voyages sur Instagram. Un vol chargé d’hommes d’affaires appelle à la réactivité : la pastilla se fait légère, servie en format réduit en moins de 15 minutes.

Au-delà de ces ajustements pratiques, la data incarne surtout une transformation culturelle du secteur touristique marocain. Elle libère les chefs, les managers et le personnel d’accueil d’une incertitude paralysante. Elle leur permet d’agir en pleine confiance, centrés sur leur savoir-faire artisanal et la chaleur humaine.

Les perspectives sont infinies. Pourquoi ne pas imaginer des tableaux de bord et des analytics avancés pour aider concrètement les professionnels du tourisme à piloter leurs activités grâce à une stratégie data-driven ? Pourquoi ne pas aller plus loin encore en intégrant des données tangibles comme la météo en temps réel pour optimiser le taux d’occupation des terrasses ou des expériences en plein air ? En complément, une plateforme d’achat collaborative pourrait être mise en place, fonctionnant en parallèle, permettant aux restaurateurs de mutualiser leurs ressources, renforcer leur compétitivité et affiner leur gestion opérationnelle, même si elle relève d’une logique davantage organisationnelle que purement data.

La data n’est pas une fin en soi, mais un ingrédient subtil, comme les épices de la pastilla. Elle suggère sans imposer, personnalise sans standardiser. Elle devient le pont reliant l’excellence artisanale marocaine au potentiel infini du numérique. Demain, l’hospitalité marocaine ne sera pas seulement chaleureuse : elle sera prédictive, précise et profondément humaine.

Ainsi, si un jour, un jeune Marrakchi demande, taquin : « Comment faisait-on avant pour prévoir les pastillas à préparer ? », nous lui répondrons peut-être avec le même ton amusé : « Autrefois, c’étaient les voyantes de Jemaa el-Fna qui lisaient l’avenir. Aujourd’hui, c’est Flightradar24 qui nous le révèle en direct depuis le ciel ! »