Bilan et Héritage : Lorsque l’Entreprise Rencontre l’Invisible
Mars 2025. Un mois où le cycle des bilans s’aligne parfaitement avec celui du Ramadan, comme si l’univers avait voulu fusionner nos rituels économiques et spirituels en une seule et même respiration. D’un côté, nos entreprises comptent, évaluent, projettent. De l’autre, nos âmes se recentrent, nos familles se rassemblent, nos sociétés – au sens économique et humain – se reforment autour du partage et de la transmission. Et dans cette simultanéité, une question s’impose : que mesurons-nous réellement ? Le poids de nos actifs ou la portée de notre héritage ?
Société. Ce mot à lui seul porte en lui une dualité fascinante. Il évoque à la fois l’entreprise et la communauté humaine. L’une ne peut exister sans l’autre. L’une bâtit, investit, structure ; l’autre relie, perpétue, donne un sens. Lorsqu’on dresse un bilan, ne fait-on pas le bilan des deux ? Celui des actifs et des passifs, mais aussi celui des valeurs et des transmissions ?
Hier soir, lors du ftour solidaire organisé par Dar Tifl à l’hôtel Oberoi, qui ouvre son lieu prestigieux pour la deuxième année consécutive, nous avons eu l’agréable et très émouvante surprise d’assister à un hommage rendu à Haj El Baroudi et à sa famille. Un moment suspendu, où les chiffres et les bilans cèdent la place à l’essentiel : la mémoire, l’empreinte immatérielle d’un homme qui a su conjuguer réussite et transmission, entreprise et humanité. Son legs ne se limite pas à des actifs ou à des parts sociales, mais se déploie en un tissu d’engagement, de générosité et d’exemplarité. Il a démontré qu’une société, dans son acception la plus noble, se mesure aussi à la chaleur qu’elle dégage et aux valeurs qu’elle transmet.
L’entreprise n’est pas une entité froide et comptable. Elle est un organisme vivant, un héritage en mouvement. Elle respire au rythme de ceux qui la composent, elle prospère par la force de ses valeurs et la profondeur de ses liens. La réussite, au-delà des chiffres, se jauge à la lumière laissée sur le chemin.
Mohamed Ouahi, membre de l’Emerging Business Foundation et doctorant, explore cette question fondamentale : comment évaluer l’intangible dans l’économie d’aujourd’hui ? Dans une société où l’on tente de quantifier l’inquantifiable, comment intégrer le capital immatériel – la réputation, la culture, la mémoire collective – dans le bilan d’une entreprise ? L’entreprise se dresse tel un arbre : ses racines plongent dans l’histoire et les valeurs transmises, son tronc symbolise sa solidité financière et organisationnelle, et son feuillage, vibrant et mouvant, incarne son rayonnement et son impact dans la société. Un arbre ne peut croître sans la profondeur de ses racines. Un bilan ne saurait être complet sans considérer l’empreinte immatérielle d’une entreprise.
Ibn Arabi nous murmure : « Ce qui est visible est l’ombre de l’invisible. » Hier, dans la voiture, j’expliquais à ma fille le sens de la danse des derviches. Comment chaque partie de notre être, infinitésimale soit-elle, rejoint dans la danse de l’univers pour ne faire plus qu’un. Tout tourne, tout gravite, tout trouve son équilibre dans un mouvement qui dépasse l’individu. L’entreprise, elle aussi, participe à cette grande spirale de connexions. Ceux qui ne voient que sa structure, ses chiffres, ses résultats immédiats, passent à côté de son essence. Ceux qui perçoivent l’invisible comprennent que chaque décision, chaque échange, chaque geste porte en lui une intention, une énergie qui résonne bien au-delà du présent.
Loin d’être un simple exercice financier, le bilan est un moment d’humilité et de gratitude. Gratitude envers ceux qui ont tracé la voie avant nous, envers les équipes qui font battre le cœur de nos organisations, envers les partenaires qui nous inspirent et nous challengent. L’EBF, par son engagement et son écosystème, incarne cette dynamique de partage et d’apprentissage.
Nous ne sommes que des passeurs. Ce que nous construisons aujourd’hui appartient déjà à demain. Alors que nous tournons les pages de nos bilans, n’oublions pas que ce qui restera, au-delà des chiffres, c’est l’empreinte invisible que nous laissons dans le monde.
Et en ce moment où l’invisible se fait plus tangible que jamais, nous exprimons, au nom de toute l’équipe de l’EBF, notre gratitude à la famille El Baroudi de nous avoir prêté Hamza. L’ami, l’acolyte, le président, qui, jour après jour, inculque dans nos ouvrages l’esprit de Haj El Baroudi, paix à son âme. Que son héritage continue à éclairer notre chemin.